Hérésies et condamnations
Les principales hérésies condamnées par l'Église catholique, avec leurs erreurs, leurs réfutations patristiques, et les condamnations conciliaires ou pontificales.
Monothélisme
Monotheletismus
Description
Le monothélisme enseignait que le Christ n'avait qu'une seule volonté (la divine) ou une seule opération (théandrique). C'était une tentative de conciliation avec les monophysites.
Contexte historique
Au VIIe siècle, l'empereur Héraclius cherche à réunifier l'Empire byzantin menacé par les Perses et les Arabes. Le patriarche Serge de Constantinople propose le monothélisme comme formule de compromis : le Christ a deux natures mais une seule volonté (théandrique). Cette formule séduit momentanément les monophysites.
Erreur condamnée
Le Christ n'a qu'une seule volonté (ou opération), la volonté humaine étant absorbée.
Enjeux théologiques
Si le Christ n'a qu'une volonté divine, son obéissance au Père (« Que ta volonté soit faite ») n'est pas réelle. L'agonie de Gethsémani perd son sens. La volonté humaine est essentielle au rachat : le Christ a dû librement vouloir souffrir et mourir, ce qui est impossible sans une volonté humaine.
Développement
Serge propose le monothélisme vers 633. Le pape Honorius I approuve prudemment la doctrine d'une « seule volonté » (monothélisme). Saint Maxime le Confesseur résiste et est martyrisé (662). Le pape Agathon convoque le Concile de Constantinople III (680-681) qui condamne le monothélisme et, rétroactivement, Honorius I.
Réfutations patristiques
Concile de Constantinople III (680-681)
In Christo Domino nostro duo sunt naturæ, et secundum unam et alteram operationes naturales : divina scilicet et humana.
Pape Agathon, « Lettre à l'empereur Constantin »
Duæ in Christo sunt voluntates, sicut duæ sunt naturæ : divina scilicet, et humana.
Condamnations officielles
Concile de Constantinople III
Définition de foi sur les deux volontés
Pères de l'Église
Saint Maxime le Confesseur
Dispute avec Pyrrhus
Démontre que deux natures exigent deux volontés : la volonté est une propriété naturelle. Sans volonté humaine, le Christ ne serait pas véritablement homme. Martyrisé pour sa foi.
Pape Agathon
Lettre au Concile de Constantinople III
Définit la doctrine des deux volontés et présente la foi romaine comme norme d'orthodoxie.
Réponse en droit canonique
Le Concile de Constantinople III (Canon 18) condamne le monothélisme. Le pape Léon II confirme la condamnation, y compris celle d'Honorius I pour avoir « laissé souiller la foi apostolique ».
Références canoniques
Conséquences pour l'Église
Le Concile de Constantinople III complète la christologie : le Christ a deux volontés (divine et humaine), la volonté humaine obéissant librement à la volonté divine. L'affaire Honorius I pose la question des limites de l'infaillibilité papale : Honorius est condamné posthume pour avoir favorisé l'hérésie.