Hérésies et condamnations
Les principales hérésies condamnées par l'Église catholique, avec leurs erreurs, leurs réfutations patristiques, et les condamnations conciliaires ou pontificales.
Les principales hérésies condamnées par l'Église catholique, avec leurs erreurs, leurs réfutations patristiques, et les condamnations conciliaires ou pontificales.
Traditionalismus
Doctrine niant la capacité de la raison naturelle à démontrer l'existence de Dieu et les fondements de la morale, réduisant toute connaissance à la tradition et au consentement universel.
Lamennais (1782-1854) fut d'abord un fervent défenseur de l'Église ultramontaine. Son ouvrage Essai sur l'indifférence en matière de religion (1817-1823) le rendit célèbre. Mais ses positions se radicalisèrent : il en vint à nier la raison naturelle, puis à défendre la liberté de conscience et la séparation de l'Église et de l'État. Son ouvrage Paroles d'un croyant (1834) fut condamné par Grégoire XVI (Mirari Vos, encyclique Singulari Nos).
Le traditionalisme de Lamennais nie le pouvoir de la raison naturelle (lumen naturale rationis) de connaître Dieu par les créatures. Il affirme que sans la révélation primitive et la tradition, la raison humaine est incapable de démontrer l'existence de Dieu, la spiritualité de l'âme et la liberté humaine.
Le traditionalisme nie un principe fondamental de la théologie catholique : la raison naturelle peut démontrer l'existence de Dieu par les créatures (Vatican I, Dei Filius, ch. 2). Cette négation conduit au fidéisme (la foi sans raison) et au scepticisme (impossibilité de toute certitude naturelle).
Lamennais évolua de l'ultramontanisme radical (Essai sur l'indifférence) vers un traditionalisme sceptique, puis vers un libéralisme politique. Après la condamnation de Paroles d'un croyant (1834), il rompit avec l'Église et mourut hors communion. Le traditionalisme fut ensuite repris par Bautain (Strasbourg) et Bonnetty, qui furent également repris par Rome. Le concile Vatican I trancha définitivement en affirmant le pouvoir de la raison naturelle.
Concile Vatican I, Dei Filius, ch. 2 (1870)
Deum, rerum omnium principium et finem, naturali humanæ rationis lumine e creaturis certo cognosci posse, sancta declarat.
Pape Grégoire XVI, Singulari Nos (1834)
Liber qui inscribitur 'Paroles d'un croyant'... opusculum... perniciosum, turbidum, et novarum rerum studiosum.
Singulari Nos
Dei Filius, ch. 2
La raison naturelle peut certainement connaître Dieu par les créatures (Vatican I, Dei Filius). Le fidéisme est condamné. Tout catholique doit reconnaître le pouvoir de la raison et de la foi, sans les opposer (CIC 1917, can. 1321-1323 sur l'enseignement de la philosophie).
Le traditionalisme de Lamennais discrédita temporairement la théologie apologétique traditionnelle en la liant au scepticisme. Il contribua à la confusion entre traditionalisme légitile (primauté de la Tradition) et traditionalisme rationaliste (négation de la raison). La condamnation de Lamennais marqua un tournant dans la lutte de l'Église contre le libéralisme.