Ce jour même le roi AssuérusO donna à la reine Esther la maisond’Aman, le persécuteur des Juifs, et Mar¬dochée fut présenté au roi, à qui Estheravait révélé ce qu’il était pour elle. 2
Leroi avait repris son anneau à Aman ; ilDn248-49 l’ôta de son doigt pour le donner à Mar-Priî22 c]oci1éej à qui, de son côté, Esther confiala gestion de la maison d’Aman.3
Esther alla une seconde fois parler aua) Comme l’avait fait Aman lui-même pour perdre lesJuifs, 3 8. c’est la raison d’Etat qu’invoque Esther.b) Ce geste équivaut à une condamnation à mort : onvoilait la tète de ceux qui allaient être pendus.c) Comparer les dictons sur ceux qui tombent dans lafosse qu’ils ont creusée eux-mêmes, Pr 26 27 ; 28 10 ;Qo 10 8 ; Si 27 26; Ps 7 16; 9 16; 35 7-8; 57 7.roi. Elle se jeta à ses pieds, elle pleura,elle se le rendit favorable en vue de faireéchouer la méchanceté d’Aman l’Agagiteet le dessein qu’il avait conçu contre lesJuifs.4
Le roi lui tendit son sceptre d’or.Esther se releva donc et se tint debouten face de lui.5 « Si tel est le bon plaisirdu roi, lui dit-elle, et si vraiment j’aitrouvé grâce devant lui, si ma demandelui paraît juste et si je suis moi-memeagréable à ses yeux, qu’il veuille révoquerexpressément les lettres qu’Aman, fils deHamdata, l’Agagite, fait écrire pourperdre les Juifs de toutes les provincesroyales.6
Comment pourrais-je voir monpeuple dans le malheur qui va l’attein¬dre ? Comment pourrais-je être témoinde l’extermination de ma parenté ? »7
Le roi Assuérus répondit à la reineEsther et au Juif Mardochée : « En cequi me concerne, j’ai donné à Esther lamaison d’Aman après l’avoir fait pendrepour avoir voulu perdre les Juifs.8
Pourvous, écrivez au sujet des Juifs ce quevous jugerez bon, au nom du roi. Scellezensuite de l’anneau royal. Car tout éditrédigé au nom du roi et scellé de son ii9;M2sceau est irrévocabled. » 9
Les scribesroyaux furent convoqués aussitôt- c’était le troisième mois, qui est Sivân,le vingt-troisième joure - et, sur l’ordrede Mardochée, ils écrivirent aux Juifs,aux satrapes, aux gouverneurs, auxgrands officiers des provinces échelon¬nées de l’Inde à l’Éthiopie, soit centvingt-sept provinces, à chaque provinceselon son écriture, à chaque peuple selonsa langue et aux Juifs selon leur écritureet leur langue. 10
Ces lettres, rédigées aunom du roi Assuérus et scellées de sonsceau, furent portées par des courriersmontés sur des chevaux des haras du roi.11
Le roi y octroyait aux Juifs, en quelqueville qu’ils fussent, le droit de se ras¬sembler pour mettre leur vie en sûreté,avec permission d’exterminer, égorger etc/l Le texte grec, 8 12
c-o, fera expliquer par Mardochéeécrivant au nom du roi comment, pour le précédentdécret, lui aussi « irrévocable », la bonne foi royale étésurprise. Le texte de Lucien insiste sur le rôle d’Estherdans le massacre.e) Grec : << le premier mois de cette année, celui deNisan, le vingt-troisième jour ».711CupymjHl I l rirtiona ifu Ceil8 12
ESTHERdétruire tous gens armés des peuples oudes provinces qui voudraient les atta¬quer, avec leurs femmes et leurs enfants,comme aussi de piller leurs biens.12
Celase ferait le meme jour dans toutes lesprovinces du roi Assuérus, le treizièmejour du douzième mois, qui est Adar.Décret de réhabilitation.i6' I2fl Voici le texte de cette lettre :12
b « Le grand roi Assuérus aux satra¬pes des cent vingt-sept provinces quis’étendent de l'Inde à l'Éthiopie, auxgouverneurs de province et à tous sesloyaux sujets, salut !12
c Bien des gens, lorsque sur leur têtel'extrême bonté de leurs bienfaiteursaccumule les honneurs, n'en conçoivent' que de l’orgueil. Il ne leur suffit pas dechercher à nuire à nos sujets, mais. leursatiété même leur devenant un fardeauinsupportable, ils montent leurs machi¬nations contre leurs propres bienfai- teurs ; 12
d et, non contents de bannir lareconnaissance du cœur des hommes,enivrés plutôt par les applaudissementsde qui ignore le bien, alors que tout està jamais sous le regard de Dieu, ils seflattent d'échapper à sa justice qui hait1 les méchants.12
c Ainsi maintes et maintesfois est-il arrivé aux autorités constituées,pour avoir confié à des amis l’adminis¬tration des affaires et s en être laisséinfluencer, de porter avec eux le poidsdu sang innocent au prix d’irrémédiables malheurs, ,?,les sophismes menteursd’une nature perverse ayant égaré l’irré¬prochable droiture d'intentions du pou¬voir. l2Û n'est que d'ouvrir les yeux :sans même aller jusqu'aux récits d'autre¬fois que nous venons de rappeler, regar¬dez seulement sous vos pas, que d’im¬piétés perpétrées par cette peste des gou- vernants indignes ! I2h Aussi bien nosefforts vont-ils tendre à assurer à tous,dans l’avenir, la tranquillité et la paix du royaume, n'en procédant aux change¬ments opportuns et en jugeant toujoursles affaires qui nous seront soumises dansun esprit de bienveillant accueil.al Le mot « Macédonien », attesté (ici et à 12
o) par tousles mss, est surprenant. On attendrait « Mède » car lel2k C’est ainsi qu’Aman, fils de Ham- data, un Macédonien, en toute véritéétranger au sang perse et très éloigné denotre bonté, avait été reçu chez nouscomme hôte et avait rencontré de "notre part les sentiments d’amitié quenous portons à tous les peuples, jusqu ’aupoint de se voir proclamer “notre père”et de se voir révérer par tous de la pros¬ternation, comme placé immédiatementaprès le trône royal. 12m Or, incapable de utenir son rang élevé, il s’appliqua à nousôter le pouvoir et la vie. ,2n Nous avons "un sauveur, un homme qui toujours éténotre bienfaiteur, Mardochée, une irré¬prochable compagne de notre royauté,Esthcr ; Aman, par les manœuvres de sestortueux sophismes, nous en demandéla mort, avec celle de tout leur peuple,120 pensant, par ces premières mesures, Mnous réduire à l'isolement et remplacerla domination perse par celle des Macé¬doniens.12p Mais nous, loin de trouver en ces "Juifs, voués à la disparition par ce triplescélérat, des criminels, nous les voyonsrégis par les plus justes des lois. I2q Ils sont les fils du Très-Haut, du grand Dieuvivant, qui nous et nos ancêtres devonsle maintien du royaume dans l’état le plus 17florissant. 12‘ Vous ferez donc bien de ne "pas tenir compte des lettres envoyées parAman, fils de Hamdata, leur auteur ayantété pendu aux portes de Suse avec toutesa maison, digne châtiment que Dieu,Maître de l’univers, lui incontinentinfligé. I2s Affichez une copie de la pré- nsente lettre en tout lieu, laissez les Juifs suivre ouvertement les lois qui leur sont Esd725-26propres et portez-leur assistance contrequi les attaquerait au propre jour fixépour les écraser, soit le treizième jour dudouzième mois, qui est Adar. Car ce 21jour qui devait être un jour de ruine, lasuprême souveraineté de Dieu vient dele changer en un jour d'allégresse enfaveur de la race choisie. 12u Quant àvous, parmi vos fêtes solennelles, célé- abrez ce jour mémorable par force ban¬quets, afin qu’il soit dès maintenant etcontexte historique suggère une allusion aux conflitsd’hégémonie entre Mèdes et Perses.712dufrrlESTHER9 16demeure à l'avenir, pour vous et pour lesPerses de bonne volonté, le souvenir dey votre saiut, et pour vos ennemis le mémo¬rial de leur ruine.u i2x Toute ville, et, plus généralement,toute contrée qui ne suivra pas ces ins-Dn329 tructions sera impitoyablement dévastéepar le fer et le feu, rendue impraticableaux hommes et pour toujours odieuseaux bêtes sauvages et aux oiseaux eux-mêmes. »13
La copie de cet édit, destiné à êtrepromulgué comme loi dans chaque pro¬vince, fut publiée parmi toutes les popu¬lations afin que les Juifs se tinssent prêtsau jour dit à tirer vengeance de leursennemis. 14
Les courriers, montant deschevaux royaux, partirent en grande hâteet diligence sur 1 ordre du roi. Le décretfut aussi publié dans la citadelle de Su se.15
Mardochée sortit de chez le roi revêtud’un habit princier de pourpre violetteet de lin blanc, couronné d’un grand dia¬dème d’or et portant un manteau de bys-sus et de pourpre rouge. La ville de Susetout entière retentit d’allégresse. 16
Cefut, pour les Juifs, un jour de lumière, deliesse, d’exultation et de triomphe.17
Dans toutes les provinces, dans toutesles villes, partout enfin où parvinrent lesordres du décret royal, ce ne fut pour lesJuifs, qu’allégresse, Hesse, banquets etfêtes. Parmi la population du pays biendes gens se firent juifs, car la crainte desJuifs s’appesantit sur eux.Le grand jour des Purim.417q81+Gn22I791 Les ordres du décret royal entranten vigueur le douzième mois, Adar,au treizième jour, ce jour où les ennemisdes Juifs s’étaient flattés de les écraser vitla situation retournée : ce furent les Juifsqui écrasèrent leurs ennemis.2
Dans tou¬tes les provinces du roi Assuérus ils serassemblèrent dans les villes qu’ils habi¬taient afin de frapper ceux qui avaientcomploté leur perte. Personne ne leurrésista, car la peur des Juifs pesait surtoutes les populations.3
Grands officiersdes provinces, satrapes, gouverneurs,fonctionnaires royaux, tous soutinrentles Juifs par crainte de Mardochée.4
Mardochée était en effet un personnageéminent au palais, sa renommée se répan¬dait dans toutes les provinces : Mardo¬chée était en train de devenir un grandhomme.5
Les Juifs frappèrent donc tous leursennemis à coups d’épée. Ce fut un mas¬sacre, une extermination, et ils firent cequ’ils voulurent de leurs adversaires.6
À la seule citadelle de Suse les Juifsmirent à mort et exterminèrent cinqcents hommes, 7
notamment Parshân-data, Dalphôn, Aspata,8
Porata, Adalya,Aridata, 9
Parmashta, Arisaï, Aridaï etYezata, 10
les dix fils d’Aman, fils deHamdata, le persécuteur des Juifs. Maisils ne se livrèrent pas au pillage.11
Le dénombrement des victimeségorgées à la citadelle de Suse parvint auroi le jour même. 12
Le roi dit à la reineEsther : « Dans la seule citadelle de Suse,les Juifs ont mis à mort et exterminé cinqcents hommes, ainsi que les dix filsd’Aman. Que n’auront-ils pas fait dansle reste des provinces royales ! Et main¬tenant, dis-moi ce que tu as à demander,c’est accordé d’avance ! Dis-moi ce quetu désires de plus, c’est chose faite ! »- 13 « Si tel est le bon plaisir du roi,répondit Esther, les Juifs de Suse nepourraient-ils pas appliquer encoredemain le décret porté pour aujour¬d’hui ? Quant aux dix fils d’Aman, qu’onsuspende leurs cadavres au gibet ! »14
Sur quoi, le roi en ayant donné l’ordre,le décret fut proclamé à Suse et les dixfils d’Aman pendus. 15
Ainsi, les Juifs deSuse se réunirent aussi le quatorzièmejour d’Adar et ils égorgèrent trois centshommes dans Suse, mais ils ne se Hvrè-rent pas au pillage.16
De leur côté, les Juifs des provincesroyales se réunirent aussi pour mettreleur vie en sûreté. Ils se débarrassèrenta) Pas plus qu'il ne correspond aux vraisemblances his¬toriques (voir rintrod., p. 738), le récit de ces massacresne doit être compris comme exaltant ou consacrantl’esprit de vengeance. L’outrance même des situations,les chiffres exagérés à plaisir et l'emphase du récitdénoncent l'intention de l’auteur : il voulu avant toutillustrer le thème (très biblique) du retournement dessituations en faveur des opprimés, et il le fait selon lamentalité ancienne qui anime les récits des guerresd’Israël, et qui s’exprime par la loi du talion.J IL 15
Jdtl567.ll713InpvitoM l»t I «hlum» «lu I ni|9 17
ESTHERde leurs ennemis en égorgeant soixante-quinze mille" de leurs adversaires, sansse livrer au pillage. 17
C’était le treizièmejour du mois d’Adar. Le quatorzième ilsse reposèrent et de ce jour ils firent unjour de festins et de liesse. 18
Pour lesJuifs de Suse qui s‘étaient réunis le trei¬zième et le quatorzième jour, c'est lequinzième qu’ils se reposèrent, faisantpareillement de ce jour un jour de festinset de liesseb. 19
Ce qui explique que cesoit le quatorzième jour d’Adar que lesJuifs de la campagne, ceux qui habitentdes villages non fortifiés, célèbrent dansl’allégresse et les banquets, par des festi¬vités et l’échange mutuel de portions,19
a tandis que pour ceux des villes, le jourheureux qu'ils passent dans la joie enenvoyant des portions à leurs voisins estle quinzième jour d'Adar.V La fêteInstitution officiellede la fête des Purim.20
Mardochée consigna par écrit cesévénements. Puis il envoya des lettres àtous les Juifs qui se trouvaient dans lesprovinces du roi Assuérus, proches oulointaines. 21
II les y engageait à célébrerchaque année le quatorzième et le quin¬zième jour d’Adar,22
parce que ces jourssont ceux où les Juifs se sont débarrassésde leurs ennemis, et ce mois celui où,pour eux, l’affliction fit place à l’allé¬gresse et le deuil aux festivités. Il lesconviait donc à faire de ces journées desjours de festins et de liesse, à y échangermutuellement des portions et à y fairedes largesses aux pauvres.2}Les Juifs adoptèrent ces pratiquesqu’ils avaient commencé d’observer et ausujet desquelles Mardochée leur avaitécrit : 24
Aman, fils de Hamdata, l’Aga-gite, le persécuteur de tous les Juifs, avaitmachiné leur perte et il avait tiré le)7 « Pur », c’est-à-dire les sorts, pour leurconfusion et leur ruine. 25
Mais quand ilfut rentré chez le roic pour lui demanderde faire pendre Mardochée, le mauvais65-13 dessein qu’il avait conçu contre les Juifsse retourna contre lui, et il fut pendu,a) Grec : « quinze mille ».b) Les banquets, qui tiennent une grande place dans lelivre d’Esther, caractériseront le jour des Purim, têteplus populaire que religieuse.c) D après grec. Hébr. : « Mais quand elle (Estbcr)fut entrée chez le roi. il dit... » (le mot suivant estdes Purimainsi que ses fils, à la potence.26
C’est laraison pour laquelle ces jours furentappelés les Purim, du mot « Pur ». C’estaussi pourquoi, d’après les termes decette lettre de Mardochée, d’après cequ’ils avaient eux-mêmes constaté oud’après ce qui était parvenu jusqu’à eux,27
les Juifs s’engagèrent de plein gré, eux,leur postérité, et tous ceux qui s’adjoin¬draient à eux d, à célébrer sans faute cesdeux jours-là, d’après ce texte et à cettedate, d’année en année. 28
Ainsi commé¬morés et célébrés de génération en géné¬ration, dans chaque famille, dans chaqueprovince, chaque ville, ces jours desPurim ne disparaîtront pas de chez lesJuifs, leur souvenir ne périra pas au seinde leur race.29
La reine Esther, fille d’Abihavile,écrivit avec toute autorité pour donnerforce de loi à cette seconde lettre,,0 et fitenvoyer des lettres à tous les Juifs descent vingt-sept provinces du royaumed’Assuérus, comme paroles de paix etconsignes de fidélité,pour leur enjoin¬dre observer ces jours des Purim à leurdate, comme le leur avait commandé leJuif Mardochée et de la façon dont onles y avait obligés, eux-mêmes et leurinintelligible).d) Le caractère nationaliste du livre n’exclut donc pasun certain universalisme par l’accueil des prosélytes.e) Traduction conjecturale. L’hébr. porte : « Esther,fille d’Abiliayil, et Mardochcc le Juif », mais cf. v. 31, etEsther figure seule au v. 32.Ne 810-12Ap 1110812u,17923-26714duCatESTHERrace, en y joignant des ordonnances dejeûne et de lamentations. 32Ainsi l'or¬donnance d’Esther fixa la loi des Purimet elle fut écrite dans un livre.0Eloge de Mardochée.1